La liste du héros ordinaire
Je me suis rendue compte récemment que je ne vous avais jamais vraiment raconté l’histoire de cette affiche La liste du héros ordinaire.
C’est étrange, ou peut-être pas : c’est une affiche qui compte beaucoup pour moi. Je voulais tellement bien le faire que je ne l’ai pas fait comme souvent.
Tout a commencé avec un texte reçu dans le cadre d’un concours d’écriture pour l’anniversaire de Les mots à l’affiche il y a plus de deux ans (oui !).
Il venait d’Anne. Anne Sacre est oncologue en Belgique. Anne a écrit ce texte pour ses patients. Ce qui m’a frappée, c’est la douceur, la justesse, la manière qu’elle a d’habiter les mots — et le monde, j’imagine. Son texte était lumineux et gorgé d’empathie.
À ce moment-là, je venais de perdre deux proches d’un cancer. Je n’ai pas choisi son texte. Je cherchais quelque chose de plus léger, moins lié à mon histoire personnelle. C’était trop dur pour moi d’en parler. Et puis les semaines ont passé, et je n’arrivais pas à l’oublier.
Alors, j’ai réécrit à Anne. Je lui ai dit que son texte ne m’avait pas quittée et que j’aimerais en faire quelque chose, si elle était d’accord. Si vous me lisez aujourd’hui, vous vous en doutez, Anne a été d’accord.
On a décidé de le reprendre ensemble. De le polir en conservant sa force. De garder cette ligne directrice : dire la vie sans nier l’épreuve, apporter de la lumière sans jamais culpabiliser.
C’est devenu La liste du héros ordinaire, ce texte que vous pouvez lire sur l’affiche aujourd’hui.
Une liste pour celles et ceux qui avancent sans bruit. Pour celles et ceux qui tiennent. Pour celles et ceux qui continuent d’aimer, de vivre, de respirer même quand tout vacille. Surtout quand tout vacille.
Elle s’adresse aux malades et aux aidants, aux cabossés, aux fêlés, à vous aussi. Parce que dans le fond, je crois que l’on est tous, des héros ordinaires.
J’aime l’idée que ce texte ne donne pas de leçon. Il propose. Il offre des pistes. Il pose une main sur l’épaule. Il affirme que l’on peut encore respirer, encore croire aux lendemains, encore choisir — parfois — la joie et la tendresse, même dans les moments les plus cabossés. Il n’est en aucun cas une injonction à aller bien malgré la maladie ou la dureté de la vie.
Il est imprimé au sein de mon atelier à Toulouse, sur un papier d’art épais, comme toutes les affiches. Et on a décidé qu’une partie des bénéfices serait reversée aux Centres Ressource qui accompagnent les personnes touchées par le cancer.
Je crois que cette affiche, on ne l’achète pas tout à fait comme les autres. On l’offre à quelqu’un, ou on se l’offre à soi, à un moment précis. Comme un repère. Comme un soutien.
Depuis que j’ai la boutique, je l’ai offerte à plusieurs reprises. Et je crois pouvoir dire, face aux regards touchés, qu’elle a un pouvoir magique.
Et si elle existe aujourd’hui, c’est grâce à Anne.
Merci Anne de rendre le monde plus habitable.
C’est grâce à des personnes comme toi que le monde est plus beau.

