
Depuis que je suis devenue mère, certaines convictions ont changé de place.
Elles ne sont plus seulement des idées auxquelles je crois. Elles sont devenues des manières de vivre, d’habiter le monde, des responsabilités personnelles et quotidiennes.
Parce que la maternité me pousse dans mes retranchements. Elle me bouscule. Elle me demande quel exemple j’ai envie de donner à mon fils. Quelle mère, femme, compagne, fille, amie, citoyenne ; j’ai envie d’être.
Comment lui apprendre l’empathie si je réponds par l’impatience ?
Comment lui apprendre le respect si j’emploie la contrainte et le force ?
Comment lui transmettre le calme si je glorifie l’agitation et la course à la productivité ?
Comment lui apprendre l’écoute si je n’entends pas ses silences, ses émotions et ses peurs ?
Comment lui apprendre la tolérance si je peine à accueillir pleinement qui il est ?
Comment lui parler de paix si je banalise la violence quotidienne ?
Comment lui apprendre à écouter son coeur et poursuivre ses rêves si je ne donne pas l’exemple ?
Être mère me ramène aussi, souvent, à la petite fille que j’ai été. Aux mots que cette petite fille aurait eu besoin d’entendre.
À la manière dont elle aurait aimé être regardée, respectée, écoutée. Consolée et aimée.
Je repense à ces violences ordinaires que tant d’enfants traversent — souvent sans qu’on les nomme comme telles. Des mots. Des humiliations légères en apparence. Des chantages. Des impatiences et des colères d’adultes toujours justifiées par fatigue, le stress, le manque de temps.
Comme beaucoup, j’en porte encore des traces. Malgré la promesse des adultes, je n’ai jamais compris en grandissant.
La maternité remue tout cela. Et elle me convainc davantage encore d’une chose : la manière dont nous traitons les enfants — et plus largement les plus vulnérables — révèle nos valeurs profondes : pourquoi nous autorisons-nous avec les enfants des gestes, des mots ou des rapports de force que nous refuserions entre adultes ?
Ce que nous appelons parfois éducation ressemble encore trop souvent à un apprentissage de la domination.
Le monde de demain commence là. Dans nos gestes. Dans notre langage. Dans la façon dont nous exerçons — ou refusons — la force et la violence. Dans la façon dont nous communiquons avec les enfants.
Les chiffres du dernier baromètre IFOP font froid : 84 % des parents déclarent avoir eu recours à au moins une violence physique ou verbale envers leur enfant au cours des douze derniers mois. Ce chiffre dit combien nous avons parfois appris, et banalisons, la domination là où il faudrait apprendre le l’empathie, le respect et la bienveillance.
J’ai créé cette collection Les élégances du coeur pour remettre certaines valeurs à leur juste place. La douceur. L’empathie. Le calme. La gentillesse. La paix. La tolérance.
Non comme des idées abstraites, mais comme une éthique personnelle. Comme des forces. Comme des choix, nos choix.
Parce que je crois profondément que la violence n’est jamais une réponse à apporter au monde. Parce que je crois aux dialogues, à l’empathie et aux échanges.
Parce que je suis intimement convaincue que c’est ce qui nous distinguent des animaux.
Parce que nos enfants seront les adultes de demain, et que changer le monde passe par la façon dont on les considère aujourd’hui.