Je viens de rentrer de la boutique.
Mon fils dort déjà.
Et je crois que le plus difficile, dans cette course de Noël, ce n’est pas la fatigue.
Ce n’est pas de travailler sept jours sur sept.
C’est de tenter de concilier deux vies qui tirent parfois dans des directions opposées : celle de femme ambitieuse qui construit, et celle de maman qui aimerait être partout à la fois.
Je sais que mon fils a besoin de moi.
Si je le fais, c’est parce que je sais que c’est éphémère.
Si je le fais, c’est aussi parce que j’aimerais qu’un jour, il soit fier de sa maman.
Qu’il sache que l’on peut réussir sa vie en tant que femme, être heureuse et ambitieuse, et rester une maman présente et aimante.
Même imparfaite. Même parfois absente.
Ce qui est dur, ce n’est pas la charge de travail.
C’est ce manque que je lis parfois dans son regard.
C’est sentir qu’il me cherche, qu’il me réclame, qu’il est triste quand je pars.
C’est lire son incompréhension dans son regard.
Samedi matin, j’ai pleuré en fermant la porte de l’appartement.
Je ne verrai pas mon fils du week-end. Je ne ferai pas le sapin de Noël avec lui. Je le sens plus colérique, moins patient. Plus dur
Il change depuis l’ouverture de la boutique. Il sent mon absence.
La nuit, il me réveille. Il a besoin de téter, d’être contre moi.
Alors je ne dors pas. Je veille. J’écoute sa respiration.
Je le cajole. Je lui murmure des mots doux. Je lui répète que je l’aime, que je suis là.
Certains jours, je tors le cou à mon emploi du temps.
En très peu de temps, j’ai appris à m’entourer. Je laisse la boutique à Célia ou Élodie, et je pars récupérer mon fils – en sautillant. J’ai l’impression de faire l’école buissonnière. On va au parc, au ménage, on prépare le repas à quatre mains.
Je saisis ces moments-là comme des cadeaux précieux.
Merci de venir à la boutique.
Merci de me permettre de vivre ce rêve devenu réalité.
Merci d’être là.
Si je vous écris ce soir, c’est aussi par honnêteté.
Parce que je crois qu’il est important de ne pas enjoliver les choses.
Parce que, depuis que je suis devenue maman, on me répète souvent ma “chance” de parvenir si bien à concilier cette nouvelle vie avec Les mots à l’affiche.
Et parce que la beauté du quotidien se niche, bien souvent, dans Les jours imparfaits.
J’envoie de la force et du courage à toutes les mamans qui jonglent, qui doutent, qui aiment fort.
Je sais ce que vous vivez.