
Samedi dernier, j’étais seule à la boutique. Il était tard, tout était calme, presque suspendu. Je suis tombée sur cette affiche Ose. Je l’ai relue, à voix haute, lentement comme si je la découvrais. “Ose. Dis ce que tu as sur le cœur. Envoie cette lettre. Ose pleurer, partir, revenir. Ose, enfin, te choisir.”
Je me suis demandé pourquoi ces mots, pourtant simples, résistent autant en nous. Pourquoi oser – même quand, peut-être surtout, on sait très bien ce que l’on devrait faire – n’est jamais tout à fait évident. Peut-être parce qu’oser, ce n’est pas seulement agir. C’est renoncer à ce qui nous retient. A ce qui nous rassure, nous sécurise et nous réconforte. C’est accepter de ne pas tout maîtriser. C’est faire en sachant tout ce que l’on peut perdre.
Alors on attend. Le bon moment, la bonne circonstance, la bonne énergie. Comme s’il existait un instant parfaitement aligné. Comme si, un matin, on saurait. Souvent, ce moment, ne vient jamais.
Ces dernières années m’ont rappelé, avec une certaine netteté, que tout peut basculer plus vite que prévu. Que certaines paroles gagnent à être dites tant qu’elles peuvent encore l’être. Que certains élans méritent d’être suivis avant qu’il ne soit trop tard.
Alors peut-être qu’oser, ce n’est pas faire grand. Peut-être que c’est simplement ne plus attendre pour s’écouter. Se laisser parcourir par ses émotions, ses doutes, ses questions et ses peurs. Les accepter, les faire vivre en nous. Puis, commencer à les verbaliser. Essayer. Avancer. Faire un premier pas. Se choisir, enfin.
A chaque fois que j’ai peur – souvent -, je me force à me répéter cette phrase : “que se passera-t-il si tout se passe pour le mieux ?”. Je ferme les yeux et je me force à visualiser chaque détail. Parfois, j’écris la scène. C’est une façon d’éloigner mes peurs et de me rapprocher de ce qui me meut. Je m’impose enfin un premier pas, une première action concrète.
Cette affiche Ose, je l’ai écrite comme un point d’appui. Un endroit où revenir. Pour impulser un peu de confiance. Pour se donner du courage et de la force. Pour se rappeler que c’est possible. Pour moi d’abord. Et peut-être pour vous aussi.
Peut-être que ce message arrive au bon moment, qui sait. Si quelque chose en vous s’y reconnaît, alors c’est peut-être le moment d’oser et de faire un premier pas.
May, fondatrice de Les mots à l’affiche
PS : Hier, sur les conseils de Sylvie, je suis allée voir À pieds d’œuvre de Valerie Donzelli. Le film aborde, avec beaucoup de délicatesse, ces questions à la fois simples et vertigineuses : qu’est-ce que l’on fait de notre temps ? Et qu’est-ce que nos choix — notamment professionnels — disent de nous ?
Le personnage fait un pas de côté. Il quitte un travail rémunérateur pour se consacrer à l’écriture. Un choix qui vient interroger nos peurs, notre libre arbitre et nos envies profondes.
Je suis sortie du cinéma avec quelques questions en plus. Et avec cette pensée en filigrane : peut-être que l’essentiel de nos vies se joue là, dans ces questions et décisions que l’on n’ose pas toujours ni se poser, ni prendre.