
Dimanche, c’était la Journée de lutte pour les droits des femmes.
Moi, j’ai raté mon rendez-vous annuel.
Chaque année, je prépare cette journée avec soin. Je cherche les mots justes, ceux qui font réfléchir, qui guident. Je fais appel à des femmes inspirantes et talentueuses pour écrire des affiches sur ce thème. Je reverse les bénéfices à une association pour les droits des femmes. J’offre une affiche, aux femmes, à l’occasion de cette journée pour qu’elles n’oublient jamais leur force.
Parce que c’est pour ça que j’ai créé Les mots à l’affiche.
Parce que je crois, profondément, que les mots ont le pouvoir de changer les choses et notre façon d’appréhender le monde. De le rendre plus juste,.
Cette année, je n’ai rien fait de tout ça.
Mon fils de 19 mois n’a plus de nounou. Alors j’essaie de travailler avec un petit garçon à mes côtés. Il est adorable. Il est épuisant. Il est drôle, joueur, espiègle. Il renverse tout, il réclame tout, il prend toute la place. Il prend tout mon amour, toute mon énergie et toutes mes pensées.
J’essaie de composer avec cette réalité.
Avec la joie, et l’apaisement, de l’avoir près de moi.
Avec la fatigue et l’agacement, parfois, de ne pas parvenir à travailler comme je le voudrais.
Je ne vous écris pas ça pour me plaindre. Je vous le dis parce que c’est la vérité et que je crois plus que jamais que l’intime est politique — et cette vérité est celle de beaucoup de mères qui essaient de travailler comme si elles n’avaient pas d’enfant, et d’être mamans comme si elles n’avaient pas de travail.
Parce que même moi — qui ai ma propre entreprise, et qui crée des affiches sur la puissance et la force des femmes — j’ai des semaines où je me sens loin, très loin, très très loin, de cette femme forte que je voudrais être.
Des semaines où « être libre, fière, déterminée » ressemble davantage à un idéal qu’à une réalité.
Et pourtant. Chaque jour, je me lève. Je souris. Je continue. Je fais rire mon bébé. Je réponds à des mails. J’écris. J’avance, même à petits pas, même maladroitement, même si c’est bien loin de mon idéal.
Et je pense à toutes celles qui font pareil — en silence, chaque jour, sans que personne ne les applaudisse.
À toutes celles qui se battent face aux inégalités, visibles ou invisibles.
Vous êtes incroyables.